D'ICI DENSE

création 2021

Invitation d’un musicien breton et d’une anthropologue déracinée


à contempler des paysages, en dévoiler leur part colonisée 


et confronter leurs expériences de l’ici ;


à partager avec eux un instant hors-norme où la pensée dévoile le capitalisme, la poésie prend corps,

les musiques se jouent et se dansent, 
les langues s’échangent et les vins se goûtent. 



Gurvant le Gac I Anaïs Vaillant : auteurs, compositeurs, interprètes et comédiens

Pour suivre la création rdv sur

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PREMIÈRE LE 06.12.20 à La Grande Boutique - Langonnet (56)

Note d’intention

Le projet de spectacle intitulé « D'Ici Dense » mené par Anaïs Vaillant et Gurvant Le Gac, nait d'une réflexion à deux voix différenciées dans leur expérience, d'un sentiment commun face au mouvement global d'une colonisation des cultures, des paysages et de l'intime par le capitalisme :
« La guerre de conquête de la vie sociale par les grands marchands capitalistes ne s'est jamais arrêtée (...) Il ne s'agit pas seulement pour les entreprises capitalistes de s'emparer des territoires, de la terre, des ressources, de l'or, de l'argent, du fer, des métaux rares et précieux, du pétrole, du vent, des arbres, des plantes médicinales, de l'eau... Il ne s'agit pas seulement de voir dans la présence de peuples autochtones une gêne (...). Non, plus fondamentalement, la fin ultime de cette guerre, son objectif véritable, est la destruction de toute vie sociale autonome, de toute vie collective, comme si le pouvoir du monde marchand (...) se nourrissait et se renforçait de la désagrégation sociale qu'il engendre. » (Georges Lapierre, Être ouragans, Écrits de la dissidence, 2015).

Cette désagrégation s'incarne directement dans nos vies : dans les espaces ruraux et les villes, dans une Bretagne à l'agriculture intensive ou une Côte d'Azur au tourisme de masse, depuis l'interdiction de boire l'eau des fontaines et ruisseaux bretons jusqu'à la désertion des dialectes occitans...


Depuis la Révolution Industrielle, partout dans le monde, le modèle économique et culturel occidental a refaçonné le paysage et transformé l’humain, son quotidien, ses représentations du monde. Nous constatons cette colonisation jusque dans l'intime, une colonisation qui détruit le social et amenuise notre rapport au vivant :
« (...) j'aurais pu me satisfaire d'une discrète fréquentation du vivant (...) Mais j'ai eu ce pressentiment tenace : qu'à ces petites fréquentations de la nature quelque chose manque (...) Je cherchais à être pris. Car voilà bien ce qui est insupportable dans ce monde : ne jamais être pris par rien, ne tenir à rien, pouvoir indifféremment être là ou ailleurs, flotter dans l'inconsistance, se laisser porter.» (Yannick Ogor, Le paysan impossible, 2017).
La résistance à la colonisation capitaliste est une lutte contre la désagrégation et l'inconsistance de nos vies. Il est une nécessité de créer des espaces d'attachement au vivant et des moments de possible densité du monde. Il est urgent de faire dissidence, ici et maintenant. Nous sommes pris. Par le maillage spatial et temporel d'une culture traditionnelle en miettes. Et donc par la colère. Mais nous développons aussi un lien charnel au pays et un rapport poétique à l'Ici. Nous cherchons à être pris. À être affecté par le vivant, à retrouver des attachements, quand l'exil a produit du manque. Mais aussi à s'inventer des relations et des sensations avec l'Ici.

Comme l'écrit Guillevic, il n'y a pas d'ailleurs où guérir d'ici. C'est depuis ces affections à l'Ici en apparence opposées que se dessinent des chemins communs vers la dissidence. La colère attisée par la colonisation et le manque creusé par la déculturation nourrissent des héritages différents qui tendent pourtant vers un espace de dissidence commun.
C'est depuis nos expériences de musicien breton et d'anthropologue déracinée que nous créons cet espace collectif de contemplation des paysages, pour en dévoiler leur part colonisée et confronter nos expériences de l'Ici. Nous parlons de nos héritages culturels et de la notion de tradition qui les traversent. Si les cultures traditionnelles se doivent d'être mobilisées, n'est-ce pas essentiellement pour leur part de résistance, de critique et de dissidence ? Si les connaissances et les savoir-faire traditionnels ont été progressivement dé-légitimés par la civilisation du progrès, il est de nécessité aujourd'hui de se réintéresser aux espaces d'expression populaire disparus, enterrés, écrasés et liés au paysage, à l'histoire locale, aux parcours de ceux qui ont fait et défait la terre, le pays, le paysage.
Si après guerre, la France « a jeté le bébé des cultures régionales avec l'eau du bain de la collaboration », de nombreux jeunes habitants des régions se réapproprient, réadaptent et réinterprètent les héritages patoisants et agricoles à des fins autres que celles du marché ou de l'exclusion identitaire. Nous désirons aujourd'hui trouver dans la culture ce qu'il reste de sa part « sauvage », de sa part non colonisée par les idéologies dominantes actuelles. La tradition est elle-même colonisée par les intérêts marchands et identitaires. Elle est devenue pour nous l'objet de conflits, d'attachements et de détachements nécessaires.

Avec les soutiens de la région Occitanie, du Conseil Départemental des Côtes d'Armor (22), et du Cird'Òc ; les soutiens en résidence de la Grande Boutique (56), Vis Comica (22), chez Lily (65), la Grange-Bouillon Cube (34), le Bistrot de la Castellane (65)

En coproduction avec le Logelloù, Centre de création et d'exploration artistique (22), avec le soutien de la région Bretagne

Saint-Brieuc (22), décembre 2019

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